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Adelakoun Ida
Se Esther

Ces femmes qui font des métiers d’hommes : Dans l’univers des footballeuses béninoises !

Source: Le Matin Libre

joueuses

Elles commencent désormais à investir des métiers jusqu’ici exclusivement masculins et s’y imposent. Dans le présent numéro de votre rubrique préférée « Ces femmes qui font des métiers d’hommes », nous accostons à l’univers des pratiquantes du football ou footballeuses. Contrairement à ce que l’on a toujours cru, il existe bel et bien de très bonnes manieuses du cuir rond au Bénin. Malgré les contraintes et réalités de la société béninoise, elles s’imposent dans ce sport autrefois exercé uniquement par leurs congénères masculins. Est-ce par passion qu’elles pratiquent la discipline ou juste le désir de faire comme les hommes ? Le regard de la société ? Amortir la balle, les seins, un souci ? Leur vie affective… A cœur ouvert, elles se confient…

Sur le terrain comme dans l’armée, la femme doit pouvoir mettre sa vie personnelle entre parenthèses pour faire comme les hommes, nous fera comprendre Adélakoun Ida, capitaine de Tigresse, sélectionnée à deux reprises pour l’équipe nationale. Effilée et plus ou moins trapue, Ida a  découvert sa passion pour le foot depuis son jeune âge. Son père étant footballeur de la Sobebra à l’époque, les premiers pas de la footballeuse ont été gouvernés sur le terrain par ses frères. Sur le terrain, le ballon est rond pour tous, selon elle. Comme elle, Gbadamassi Nawal, sociétaire de Thonica As Faucon est allée à la pratique du football par passion alors qu’elle n’avait que huit ans. « Je voyais les garçons jouer au foot et cela m’a plu et surtout que je voyais les filles jouer à la télé », fit savoir cette dernière. « C’est la passion, j’aime bien le football, depuis que j’étais plus jeune je prenais du plaisir à pratiquer le foot avec mes frères si bien qu’il est devenu ma seule distraction »,nous a également confié Ahouiya Esther du même club. Par contre, pour Rhode Agonglovi des “Rouges vainqueurs“, seule la passion n’explique pas son choix de devenir footballeuse. « A vrai dire je l’aime bien, le football et mon rêve est de jouer comme un homme. Donc je suis venue à la pratique par passion et le désir de le faire comme un homme », a déclaré toute souriante, cette détentrice d’une licence en droit privé à l’Université d’Abomey-Calavi. Si Adelakoun Ida et Gbadamassi Nawal ainsi que Rhode bénéficient du soutien des parents et proches, ce n’est pas le cas chez Esther, deuxième capitaine de Thonica As Faucon. « Ma maman s’est toujours opposée à ce que je joue au football. Elle n’aimait pas me voir prendre le ballon et aller au terrain. Mais l’année dernière, mon frère m’a fait intégrer le club As Faucon, j’ai remporté des trophées et j’en suis fière », se réjouit-elle. « Une femme peut tout faire. Il suffit juste de se contrôler », affirme Rhode tandis que Ida pense que le football n’est pas seulement l’affaire des hommes…

Le regard de la société…

« J’étais en train de jouer un soir avec les garçons de mon quartier quand un homme m’a lancé ceci : une femme ne joue pas au football, vas écraser les condiments. Une femme qui joue au foot ne fait pas bien la cuisine», raconte Esther. Et à Nawal d’ajouter « Des gens m’insultent, me critiquent à l’école que je m’adonne à une discipline des hommes ». Chose curieuse, c’est tout le contraire avec Rhode qui ne reçoit plutôt que des encouragements de part et d’autres. «Les gens ont leurs idées sur les footballeuses, nous faisons avec parce qu’après tout, nous sommes des femmes.  C’est plutôt nous-même qui devront donner le bon exemple et prouver que cette image qu’on nous colle ne nous ressemble pas. Pratiquer du foot n’est pas synonyme de dépravation. Des choses se chuchotent dans les coulisses sur nous… », prodigue Ida. Au-delà de la fierté qu’elles éprouvent dans la pratique du football, ces filles ne sont toujours pas acceptées comme il se doit dans la société béninoise. Si certains parents refusent à leurs enfants, leur compagnie pour question d’éducation, d’autres pensent qu’elles sont de mœurs légères. « On me critique, on me demande de retourner à la cuisine mais moi je n’y taille pas trop d’attention. Cela nous arrive à tout moment mais ma passion est bien au-delà des préjugés. Je rêve toujours de devenir une star »,se rassure Esther.

Amortir la balle, les seins, un souci ?

« Çà c’est un jeu d’enfant, il suffit que tu te dises que je veux le faire et tu fais la pratique, c’est vraiment facile. Ce n’est pas un handicap, le truc ce n’est pas les seins, c’est au milieu, le thorax mais il y a des filles qui ont peur », « Les seins ne constituent pas un handicap, j’amortis bien la balle », « Des filles ou je dirai des femmes qui amortissent une balle comme pas possible… Donc aucun souci », ont défendu respectivement Adelakoun Ida de Tigresse, Esther de As Faucon et Rhode des Rouges vainqueurs. Voilà qui vient répondre à la curiosité de plein d’observateurs pour qui, les seins constitueraient un souci à l’amortissement de la balle.

Elles ont aussi une vie amoureuse…

Les relations des footballeuses ont été pour la plupart du temps secouées par des mésententes, déceptions, trahison et autres. C’est le cas de Ida qui a failli à un moment donné perdre son amour. « Cela a fait que j’ai eu de problème et jusqu’à ce jour je suis dedans et c’est à cause de ça ! Bon il n’était pas trop d’accord que je joue. Et il me dit qu’après avoir joué tout ce temps, j’en ai gagné quoi et je lui trouvé raison. Mais il m’a compris finalement, il est toujours là. C’est pour ça je ne veux plus croire tellement au foot. Mais pour lui faire plaisir, Il faut que je lui consacre un peu de temps », raconte, souriante, cette dernière qui semble perdre espoir quant à une carrière de footballeuse.  Cependant, c’est la lune de miel du côté de Rhode et Nawal. « Hum il n’y a aucune conséquence à ce niveau surtout que mon fiancé m’encourage aussi dans le domaine. Il aime bien aussi le football. Et il est heureux quand je lui dis que je vais au terrain pour jouer. Je n’ai pas d’enfant (rire) c’est pour bientôt quand-même », martèle Rhode.

Un appel à lancer ?

« Le foot n’est pas seulement l’affaire des hommes, les femmes aussi sont capables de faire quelque chose. Il faut des initiatives pour canaliser le peu de joueuses dont dispose le Bénin… Malheureusement dans notre pays, même quand tu sais jouer avec des dents, il est difficile de gravir des échelons. Il y a de la volonté mais aucune initiative pour accompagner la volonté. Il faut qu’on prenne ces filles au sérieux. Ce ne sont pas forcément les moyens qu’il faut mais il faut pouvoir leur donner envie de jouer et je suis sûre qu’avec les anciennes joueuses, une équipe nationale compétitive peut naitre !Moi j’y crois plus trop, mon rêve semble déjà brisée ; il faut motiver les autres filles à ne pas laisser les crampons », lancera Ida Adelakoun. Rhode, Esther et Nawal encouragent également les filles à se faire plaisir à travers le football. Etre une femme dans un sport ”masculin“ n’est pas encore chose facile au  Bénin mais ceci n’émousse point l’ardeur, la détermination des footballeuses à se frayer leur chemin dans ce monde.

Aziz BADAROU

Cet article a été relayé par un programme informatique depuis le site Le Matin Libre. Jolome News n’offre aucune forme de garantie sur le contenu de cet article.

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