Politique
Boni Yayi
Olivier Allocheme

Editorial:Appel du pied

Source: L’Evénément Précis

Editorial:Appel du pied

Publié le 13 février 2012

Le message plein d’amertume mais tout à la fois gorgé de détermination de Me Houngbédji est un chemin tout tracé vers les « compromis historiques » qui s’accumulent au Bénin. Il n’est que de lire entre les lignes son discours d’ouverture à l’occasion du récent congrès du PRD. Le Président du PRD laisse planer le clair-obscur autour des intentions futures du parti vis-à-vis de la « main tendue » de Boni Yayi.

Bien entendu, comme il sied, le ton est acerbe. La rhétorique catastrophiste surnage l’ensemble du propos tout entier tourné vers la dénonciation de la triple crise que l’homme voit dans la gouvernance actuelle : crise politique, crise économique, crise sociale. La crise politique émerge de l’échec idéologique du régime Yayi qui, à son sens, a failli dans son slogan d’un « Bénin émergent ». « Où est passé le Bénin émergent ? », s’est demandé l’homme en conspuant le régime sur le ton de l’invective.

 « La République tout entière est instrumentalisée, les institutions sous contrôle, les espaces de liberté réduits, les élections calamiteuses. La pensée unique est en marche », a-t-il dit. Le changement de paradigme d’un «Bénin émergent» pas tout à fait émergé pour «refondation» sonne pour lui comme « un aveu d’échec ».

Le bilan économique, quant à lui ressort carrément au séisme. « Après la chute de la filière coton, la chute de la filière des véhicules d’occasion, le PVI dont chacun espère qu’il dopera les recettes douanières est en passe de devenir un boulet. Les opérateurs économiques sont asphyxiés, à l’exception notable de ceux qui sont affidés au gouvernement. » Ce Bénin dont parle Maitre Houngbédji est celui qui au plan social voit un regain de pauvreté, de famine et de mal-être. Et c’est tout naturellement qu’il donne au PRD sa place dans l’opposition, place qu’il n’a cessé de revendiquer depuis plusieurs années.

Mais, à la différence de ses discours passés, Me Houngbédji ne ferme aucune porte de négociation. Il suffit de lire entre les lignes. Un peu comme si le sombre tableau qui est peint n’a servi qu’à chuter sur ce terrain des arrangements postélectoraux auxquels les Béninois se sont familiarisés depuis. Parlant de la politique dite de « la main tendue », il note, sur le ton du regret : « Elle s’est arrêtée à une force politique qui n’avait pas besoin qu’on la lui tende : elle est de tous les gouvernements Yayi Boni ; seuls les titulaires ont changé. » L’allusion à la RB ne peut être plus explicite.

Mais pas une seule fois, Adrien Houngbédji n’a évoqué ni ce parti, ni les Soglo. Contrairement au dithyrambe d’il y a à peine un an où les allusions élogieuses au génie des Soglo et de leur fils abondaient dans les discours de l’avocat dont la verve louangeuse ne s’est jamais démentie en ces années d’union enthousiaste. Rancunier ? Peut-être, car la RB est restée le seul parti de l’UN ayant bénéficié de sa part du « gâteau national ».

Cependant, Maitre Houngbédji est resté relativement optimiste : « Si le régime prend enfin conscience de ce mal (et nous espérons qu’il en prendra conscience), s’il prend conscience que pour guérir, le Bénin a besoin d’un sursaut national qui rassemble toutes ses forces politiques et sociales autour du chantier de la reconstruction, bref, s’il prend conscience qu’il y a une crise nationale larvée, et qu’il appelle l’opposition à prendre sa part de responsabilité dans un gouvernement d’union nationale, est-ce que nous pourrions nous dérober ?

 Je l’ai dit par avance depuis le 19 mai : nous ne nous déroberons pas. » Et il ajoute cette petite phrase volontairement subtile : « Nous n’en sommes peut-être pas loin. Mais nous n’en sommes pas là. » Finesse ? Oui, finesse, délicatesse même. « Le PRD est prêt au dialogue, à tout moment. Le PRD est pour l’heure dans l’opposition », a-t-il laissé entendre.

 C’est une précision qui n’en valait pas la peine puisqu’il ajoute plus clairement : « Ignorer le PRD, le marginaliser, l’exclure des centres de décision, c’est ignorer ces populations, c’est les marginaliser, c’est les exclure. C’est ainsi qu’elles le vivent. La cécité de ceux qui nous gouvernent peut à terme devenir dangereuse pour la paix et la stabilité. » On a tout compris.

Olivier ALLOCHEME

    Cet article a été relayé par un programme informatique depuis le site L’Evénément Précis. Jolome News n’offre aucune forme de garantie sur le contenu de cet article.

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